Son père, Aimé, est d’origine lyonnaise et travaille au canal de Suez comme contrôleur. Sa maman, Lucie, qu’il surnommera gentiment Chouffa, est une bonne vivante, née dans le sud de l’Italie, en Calabre. Pour comprendre le caractère complexe de celui que la France va appeler affectueusement Cloclo, il faut savoir qu’en 1952, toute sa famille est délogée lors de la nationalisation du canal de Suez par le colonel Nasser. Arrivée en France, la famille François a tout perdu. Logé à Monaco et sans ressource, le jeune Claude vole à l’étalage pour survivre. Très tôt attiré par la musique, il est engagé comme batteur pour la modique somme de 500 francs. Son père tombe gravement malade et le renie. Il ne veut pas voir son fils devenir un saltimbanque. Aimé François disparaît avant que Claude ne lui prouve le bien fondé de son choix. La mort dans l’âme mais la rage au cœur, il s’installe à Paris avec sa toute jeune épouse, la danseuse Janet, qu’il vient de rencontrer. Sur place, le succès est long à venir, Janet ne croit pas en lui. Elle tombe dans les bras d’une star déjà installée dans le métier, et dont la situation est nettement plus confortable. Il s’agit de Gilbert Bécaud. Une fois de plus, le destin lui joue un mauvais tour. Cette suite d’évènements est probablement à l’origine de la rage de réussir de Claude François. Il sort son premier 45 tours, un twist en arabe, en pleine guerre d’Algérie. Il fallait oser ! mais Le Nabout Twist est un bide. Par chance, la pochette du disque ne comporte pas de photo du chanteur qui se nomme à l’époque Koko. Son second 45 tours va effacer cet échec. Belles, belles, belles fera rougir toutes les jeunes filles de France. Nous sommes à la fin de l’année 1962 et Claude François démarre enfin une carrière qui ne lui laissera plus le temps de souffler. En 1963 il enregistre Marche tout droit, Si j’avais un marteau et Pauvre petite fille riche. Le succès est énorme et ces titres resteront à jamais gravés dans la mémoire des sixties. Claude François est bondissant, il ressemble à un pantin désarticulé ; il saute, il danse, il court, Cloclo est infatigable. Ses fans sont presqu’autant délurés que ceux de Johnny. En 1964, lorsqu’il chante Petite mèche de cheveux, reprise d’un tube des Beatles, il reçoit par courrier des milliers de mèches de cheveux. Très vite, comme ses copains, il chante des chansons plus intimes qui racontent des moments de sa vie. J’y pense et puis j’oublie, Je sais et Même si tu revenais, Cloclo évoque dans ces chansons sa première femme, Janet. La ferme du bonheur fait référence au Moulin de Dannemois qu’il a d’acheté, près de Milly-la-Forêt. Cette propriété est depuis quelques années, après une restauration des plus réussies, ouverte au public. Une partie des bâtiments transformée en musée renferme, entre autres, les costumes de scène du chanteur.
(Première partie)
Christophe Daniel

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