Incontestablement, l’idole absolue
En cette fin des années cinquante, on ne connaît pas l'antiaméricanisme. Bien au contraire ! La France a encore en mémoire la bravoure et le sourire éclatant des GIs venus délivrer le pays du joug allemand. Tout ce qui vient des USA fait rêver et tout particulièrement…un jeune chanteur prénommé Elvis. Il donne à quelques jeunes français l'envie de se jeter dans l'aventure du rock’n’roll. Quelques-uns y parviennent presque (Moustique, Danny Boy etc.) mais finalement leur carrière n'ira pas bien loin.
En 1960, apparaît dans l'émission “L'école des vedettes”, un grand gamin de 17 ans au sourire d'ange et à l'allure timide. Sa marraine Line Renaud le présente comme d'origine américaine (eh oui, encore ce fameux rêve américain). Bien sûr il n'en est rien ! Jean-Philippe Léo Smet est né le 15 juin 1943, non pas “dans la rue” comme le prétend la chanson, mais à la clinique Marie Louise à Paris d'un père belge Léon Smet, saltimbanque fantasque qui ne s'occupera jamais de lui et d'une mère mannequin chez Lanvin, Huguette Clerc. Il est alors confié à la tante de son père et part en tournée avec ses cousines. L'une d'elles épouse un danseur acrobatique américain, Lee Halliday. Le destin de Johnny est scellé. Dès sa plus tendre enfance, il ne vit qu'au rythme des tournées et au contact du public. A15 ans, il traîne du côté du Golf Drouot. Lui aussi est fasciné par les rockers américains. En mars 1960, après avoir réussi à signer un contrat chez Vogue, sort son premier 45 tours T’aimer follement. En septembre, il partage l'affiche avec Raymond Devos (qui sera l'un des premiers à l'imposer) à l'Alhambra. Le parterre, rempli de gens “bien comme il faut” le hue, le balcon rempli de jeunes l'acclame. Les enfants du baby-boom de l'après-guerre représentent la première génération à imposer son langage, ses idées, sa musique. Le rock bientôt transformé en yéyé leur permet de s'affirmer et de se reconnaître. Leur porte-drapeau a pour nom Johnny Hallyday. C'est un vrai raz de marée. En 1961, après un spectacle de rodage au Cyrano de Versailles, Johnny entame une série de trente représentations à l’affiche de l’Olympia. Une révolution pour l’époque que d’attribuer à ce mineur de 18 ans le fronton de ce music-hall, alors qu’il sort d’une tournée d’été rebondissante par les nombreuses interventions de pompiers et gendarmes. C’est le tout premier show de Johnny en vedette, occupant la scène pendant près d’une heure, avec cette fois un vrai orchestre de cinq musiciens et entouré de trois danseuses. Tout juste un an après sa première apparition, Johnny est de nouveau sur la scène de l’Olympia du 25 octobre au 13 novembre 1962. Spectacle plus élaboré, avec costumes différents, qu’il choisira en fonction de ses inspirations du jour et assortis à ceux de ses nouveaux musiciens, chorégraphies au milieu de huit danseuses, une scène de bagarre exécutée avec trois autres danseurs où il y laisse sa chemise chaque soir. Il fait largement participer son public sur différents titres pour finir sur un pur moment d’intensité soul, avec I got a woman, le tout soutenu par le grand orchestre de l’Olympia. Il devient l'Idole des jeunes et c'est donc tout naturellement que le 22 juin 1963, en compagnie de Sylvie Vartan qui est son égale féminine, il est la vedette de la Nuit de la Nation devant plus de 150 000 jeunes déchaînés. Revenus spécialement de Camargue pour ce concert gigantesque organisé par Europe n°1 pour fêter le premier anniversaire du magazine Salut les Copains, Johnny et Sylvie reprennent aussitôt la route du tournage de “D’où viens-tu Johnny ?”. Quatre mois plus tard, c’est à l’antenne - toujours d’Europe N°1 - que le couple annonce leurs fiançailles. Olympia 1964 (6 février/15 mars) : Johnny se produit pendant six semaines. En mai, il sera sous les drapeaux pour seize mois de service militaire, loin de son public et dans sa loge, face à son miroir, il s’interroge : “J’ai trois rides de plus que l’an dernier. Je vieillis, mon public aussi. Peut-être accepteront-ils de vieillir avec moi… Et si l’on m’oublie, tant pis, ça peut arriver. Moi, j’ai bon espoir…” Adieux les années twist, bonjour le rock and roll ! Cinquante sept concerts mêlant rock et blues, d’une grande intensité sonore pour l’époque, accompagnés d’un authentique rock and roll band (Joey and the Showmen) et une moisson de projecteurs et cubes limineux, sur lesquels évoluent musiciens et danseurs. Le 8 mai 1964, l’idole des jeunes est affecté au 43e régiment de blindés de l’Infanterie de Marine stationné à Offenbourg, en Allemagne. Passée la période des “classes” Johnny profite d’une permision pour enregistrer l’adaptation de House of the rising run dont il confie l’écriture à son ami Hugues Aufray en collaboration avec Vline Buggy. Le pénitencier restera parmi les plus grands standards de Johnny.
(1ère partie)

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