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Vendredi, 25 Février 2011 19:32

Interview Irma

Écrit par  Anthony Klein
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Irma Irma © Tous droits réservés

Irma est native de Douala, en Afrique. C'est là que cette jeune camerounaise a fait ses premières armes musicales.

Elle débarque, ce 28 février dans les bacs, avec « Letter to the lord " : Un premier album soul/folk né d’un destin croisé de rencontres hasardeuses et d’un héritage parental. Cette auteur, compositeur et interprète a su saisir son propre univers dans un parcours atypique qui l'a conduite d’abord sur scène à la rencontre d’un public enthousiaste. C’est dans un café parisien, qu’Irma, accompagnée de sa guitare, nous parle de sa renversante aventure. Une artiste envoûtante qui vous fera voyager au son d’ici et d’ailleurs… A écouter d’urgence « I Know » & « Everybody » une tuerie pour les oreilles.

En quelques mots, pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de Nos Tendres et Douces Années?

Je m’appelle Irma, j’ai 22 ans et je suis d’origine Camerounaise. J’ai grandi au Cameroun jusqu’à mes 15 ans et ensuite je suis arrivée à Paris pour terminer mes études. Je fais de la musique depuis l’âge de 7 ans.

Comment passe-t-on d’une école de commerce à My Major Company ?

Justement ! C’est tellement improbable que le passage lui-même l’est tout autant. C’est un pur hasard ! J’étais en classe de prépa, il y a trois ans, où je préparais le concours aux écoles de commerce. Le jour où j’ai appris que j’étais acceptée à l’école de commerce où je poursuis mes études actuellement, je suis allée voir mes messages sur Youtube. J'y avais posté des vidéos de reprises et il y avait des messages de producteurs souhaitant me rencontrer. Je ne connaissais pas du tout ce milieu et ce n’était pas mon objectif à la base. Parmi tous les messages, il y avait celui de Michael Goldman dont le nom ne m’était pas inconnu de par Jean-Jacques Goldman . Je me suis dit que c’était quelque chose de sérieux. Je suis allé le voir pendant les vacances d’Août 2008. En fait, il m’avait contacté car il cherchait une guitariste pour accompagner Joyce Jonathan sur scène et qu’il avait vu à travers mes vidéos que je jouais de la guitare. En contrepartie, j’ai pu enregistrer quatre de mes chansons dans leur studio d’enregistrement. A l’écoute de mes compositions, ils ont décidé de m’inscrire sur le site de leur label communautaire.

Parlons du concept de My Major Company. Qu’est-ce qui vous a plu dans l’idée d’être produite par les internautes ?

Je n’avais pas envie de me lancer dans l’inconnu, dans une grande machinerie. L’idée d’une jeune entreprise qui débute avec un concept original avec comme base une production faite par les internautes qui apprécient l’artiste, c'est cet ensemble-là qui m’a séduit. Cela me convenait à l’époque et même encore aujourd’hui.

La musique pour vous est un héritage familial ?

Oui, car mon père est guitariste et bassiste et ma mère est choriste. Depuis toute petite, j’ai baigné dans la musique à la maison. Mon père écoutait énormément de soul, de jazz. Ma mère était plus musique classique, musique française. De ce fait, il y a toujours eu ce métissage musical à la maison ! Dès l’âge de 7 ans, j’ai voulu prendre des cours de piano, que j’ai pu suivre jusqu’à mon départ pour Paris, car la musique classique m’intriguait.

Est-ce que vos parents ou votre famille vous guident dans vos choix ?

Ils me soutiennent beaucoup, me conseillent ! Ils ne m’influencent pas et ils me font entièrement confiance sur les décisions à prendre. Je leur demande leurs avis. Je les appelle régulièrement. Ils sont au courant de tout, ils suivent de près cela via Internet et sont souvent au courant des choses avant moi ! (sourire)

C’était un rêve de petite fille d’être une artiste ?

Peut-être inconsciemment, oui ! Et maintenant je le poursuis un peu avec une certaine impulsion et naïveté, cela me préserve de plein de choses. Par exemple, dans la composition, c’est très différent de composer sans objectif que de composer pour un album. C’est beaucoup plus compliqué quand on se dit qu’il y a un objectif au bout ! Je me préserve de cela et je ne voyais pas cela comme un rêve qu’il fallait que j’atteigne. Je le fais d’abord par plaisir et par passion…

D’où vous vient le goût pour la composition, l’écriture ?

J’ai commencé à écrire ma première chanson à 12 ans mais je ne sais pas quel a été le déclic ! C’est juste au moment où j’ai  commencé à apprendre la guitare, à faire des accords. Je trouvais cela marrant de mettre des paroles sur les accords. C'est un peu vide de jouer des accords sans mot. C’est venu un peu comme ça…

Vous avez réuni la mise sur votre album en 48h, comment l’expliquez-vous ?

Je ne l’explique toujours pas ! Il doit y avoir de multiples explications qui ont joué sur les mises. Le fait que le site venait d’ouvrir, qu’il y a eu un buzz énorme autour de Grégoire même si son album n’était pas encore sorti, sa promo avait commencé. Beaucoup d’internautes sont arrivés sur le site à l'époque où moi j’ai signé avec My Major Company. Ils ont commencé à s’intéresser au système de production et ont découvert ainsi les artistes qui n’étaient pas encore produits. Je pense qu’il y a eu une certaine euphorie dans ce concept novateur. Ils ont dû aussi aimer ma musique car il y avait d’autres artistes à produire au même moment, je n’arrive pas à l’expliquer...

Qu’est-ce qui s’est passé pour vous depuis 2008 ?

En Août 2008, j’ai donc été produite. Il a fallu écrire, composer les chansons car je n’avais pas tous les titres de l’album. Je me suis donc plongée dans la réalisation. Nous avons également recherché un réalisateur et nous avons trouvé Henry Hirsch, connu pour avoir travaillé avec Lenny Kravitz, Vanessa Paradis. Il a regardé une de mes vidéos sur Youtube et a beaucoup aimé mon travail. Je pensais que j’allais travailler à distance mais ce n’était pas concevable dans sa façon de travailler. Je suis donc allée aux Etats-Unis. C’était mon premier voyage dans ce pays ! Henry Hirsch a acheté une vieille église désaffectée et il en a fait un studio. Du coup, je me suis retrouvée à enregistrer dans un cadre vraiment parfait pour faire de la musique, une atmosphère accueillante. C’est une petite ville à côté de New-York, très artistique où les gens sont un peu déjantés, toujours très inspirés. En rentrant à Paris, j’ai réécouté les enregistrements et j’étais un peu déçue du résultat final. J’écoutais des musiques qui n’étaient plus du tout les miennes. Ce n’était plus ce que j’avais composé, cela m’échappait,  ne me ressemblait pas et je ne me sentais pas capable de défendre ce travail-là. C’est un mec immense, il m’a appris énormément de choses mais je suis repartie de zéro. Cela a pris du temps, deux ans exactement…

C’était un enjeu risqué de repartir de zéro ?

Effectivement, c’était risqué mais je n’avais pas le choix. C’était même une urgence car cet album je n’aurais pas pu le défendre, ni le chanter sur scène. Cela aurait été impossible pour moi.

Comment a réagi Henry Hirsch sur votre décision ?

Il a totalement compris que cela ne me rendrait pas heureuse de sortir cet album et que je ne me reconnaissais pas et j’espérais qu’il comprenne ma décision. Avec Henry Hirsch nous sommes devenus amis. J’ai vécu plus d’un mois dans sa maison. Et c’est quelqu’un qui m’a pris par la main, qui m’ a accueillie. C’est vraiment un ami !

Vous débarquez dans un nouvel univers qu’est la réalisation en studio. Comment l’avez-vous abordé ?

Au-delà du plaisir, je me suis rendu compte que c’était un travail ! Chose que je ne savais pas parce que moi je faisais cela chez moi, dans ma chambre. Je me suis rendu compte également que c’était autre chose, qu’il fallait apprendre et vite car je travaillais avec des musiciens de haut niveau qui avaient déjà fait des millions de choses ! J’apprenais tout le temps ! Il fallait que j’avance. Dès que j’avais un moment de libre, je demandais conseil pour tel accord à la guitare, pareil pour la batterie, etc… Le studio, c’est un vrai apprentissage !

Vous êtes donc repartie de zéro pour l’album. Comment avez-vous abordé ce nouveau défi ?

Je suis repartie au plus simple. Entre-temps, comme j’avais fait beaucoup de scène, la véritable atmosphère est là, cette façon dont je les interprète en live. On a essayé de retrouver ces notions dans lesquelles je les avais composées. Et la seule façon d’obtenir ce résultat était d’enregistrer les chansons en prise directe, dans les conditions d’un live. J’étais avec un micro, ma guitare et nous avons enregistré ! Nous avons enregistré 4 ou 5 prises et nous avons conservé la meilleure. De mon côté, j’ai ramené ce que j’avais enregistré chez moi, le tambourin etc et cela correspondait parfaitement à ce que j’attendais.

Vous interprétez vos chansons en anglais. Pourquoi ce choix ?

Ce n’était pas vraiment un choix ! Quand j’ai commencé à composer, j’écrivais en français. Mais dès que j’avais une mélodie, c’est l’anglais qui m’arrivait naturellement et ce n’est pas du tout ma langue maternelle. J’ai baigné dans la culture anglo-saxonne. J’écoutais du rap us, du rn’b us, de la pop des années 90. Et j’ai l’impression d’être la plus vraie dans mes émotions en interprétant mes textes en anglais.

Si je vous dis qu’à l’écoute de votre album, on retrouve un peu de Macy Gray, Tracy Chapman… Vous me répondez ?

(Sourire). Peut-être ! C’est possible, j’ai écouté Tracy Chapman quand j’étais plus jeune et il y a certainement le côté folk qu’on retrouve. Il est vrai que tout ce qu’on écoute nous influence dans nos compositions d’une manière ou d’une autre.

Vous avez rôdé vos chansons sur scène, n’est-ce pas plus difficile ensuite de les présenter en version studio qui donne une dimension bien plus stricte ?

C’est complétement un défi ! Je me suis rendu compte, enfin, j’ai pris conscience qu’avant on faisait ses chansons sur scène et ensuite on faisait un album et maintenant c’est l’inverse, on fait l’album et après la scène. Et je pense que la version d’avant était mieux… Le but est donc de reproduire la magie qu’il y a sur scène dans un album, transmettre la même émotion. Justement le côté strict du studio peut casser tout ça ! C’est aussi un peu pour ce choix qu’on a décidé d’enregistrer l’album en prise directe et j’appréhendais un peu. Dès que j’ai eu les chansons, je les ai faîtes écouter aux personnes qui ne m’avaient vues que sur scène, en leur demandant ce qu’ils en pensaient. Chacun a retrouvé l’atmosphère qu’on souhaitait transmettre et je suis contente du résultat de cet album.

Quel souvenir conservez-vous de vos premières scènes ?

C’est là qu’il y a toutes les vraies émotions et c’est le meilleur endroit pour apprendre ! On ne peut pas mentir quand on est là devant des gens. La chanson, on la chante une fois et c’est terminé ! Il faut trouver la bonne énergie, la bonne émotion pour transmettre et partager ce moment. C’est là aussi où j’ai appris à accepter une fausse note ! Si à un moment donné, ce n’est pas juste cela n’empêche pas de faire passer une émotion…

Vous avez donc l’expérience scénique, vous chantez même dans des endroits insolites… Pouvez-vous nous dire le souvenir mémorable qui vous revient comme cela ?

Bizarrement, parce que j’ai fait beaucoup de scènes auprès de grands artistes, les souvenirs que je garde sont les concerts les plus improbables. Par exemple, j’ai donné un concert dans une petite salle de 50 personnes du côté du Châtelet. Je suis arrivée avec ma guitare sur le dos dans la salle. Il n’y avait pas d’ingénieur du son ! J’ai donc commencé à brancher ma guitare, etc, et petit à petit les gens ont commencé à arriver. La salle s'est remplie. Je commence à jouer et je passe un moment formidable ! Le gérant vient me voir à la fin de ma prestation et me dit qu’il y a autant de monde dehors qui n’a pas pu rentrer. J’ai donc rejoué une seconde fois pour les personnes qui n’avaient pas pu rentrer et c’était l’un des meilleurs concerts de ma vie … dans une situation catastrophique.

Lorsque l’on vous voit sur scène devant 10 personnes ou dans une salle comble, vous semblez rester sereine, imperturbable. Quel est votre secret ?

Au début, je ne savais pas comment aborder la scène. Le fait de faire toutes ces premières parties m’a apporté énormément. Lorsque j’ai fait les premières parties de Diam’s, elle m’a dit une chose que je garde en mémoire qui est : « que tu joues devant 10, 2 ou 10.000 personnes, il faut que ce soit la même chose, que tu donnes la même chose car il y a peut-être des gens qui te verront pour la première et dernière fois ». Quelles que soient les conditions, quel que soit le contexte ou le nombre de spectateurs, il faut que je donne la même chose, le meilleur de moi-même.

On entend le premier extrait « I know » de votre album « letter to the lord » dans la bande annonce de la série The good wife diffusée sur M6.  Avez-vous été sollicitée par la production ?

Ce sont mes parents qui m’ont appris la nouvelle ! (sourire). Je ne sais pas du tout comment elle est arrivée dans la bande annonce. On m’a expliqué que la personne en charge de la musique sur cette série, est tombée sur mon cd. Il ne connaissait pas du tout ma musique et a beaucoup aimé. Il a donc mis mon titre sur la bande-annonce et comme par hasard, c’est « I know », le premier extrait !

Vous êtes encouragée par la profession qui encense votre album comme une révélation musicale à découvrir, bouleversante. Comment réagissez-vous à ces retombées ?

Je suis hyper reconnaissante aux professionnels de me suivre et de me soutenir. Quand j’ai donné mon concert de présentation au Divan du Monde, ils sont tous venus me voir, ils ont répondu présents. Ils étaient curieux de me découvrir. C’est très flatteur ! Des révélations musicales il y en aura, du coup, il faut que je continue à être à la hauteur de ces propos.

Envisagez-vous de présenter votre album à l’étranger ?

J’aimerais beaucoup, il y a des pays, comme l’Allemagne, où j’aimerais beaucoup présenter mon album et y donner des concerts. L’album va sortir après la France, en Belgique, en Suisse. J’espère vraiment que mon album ira à la rencontre d’autres pays et pourra toucher un public international.

Vous êtes originaire du Cameroun. Quelle image en avez-vous emportée ?

Cela fait trois ans que je ne suis pas rentrée chez moi. Ce ne sont pas des souvenirs lorsque j’y pense c’est comme si j’y étais. Quand je vais y retourner ce sera comme si je n’avais jamais quitté le pays tellement je l’ai dans la peau. Je l’ai tout le temps avec moi ! Tout ce que j’ai vécu là-bas est en moi, avec moi, il y a même une chanson dans l’album « every smile » en référence à ce que j’y ai vécu.

Vous êtes d’une culture multiple, est-ce un avantage pour ce métier d’artiste ?

Enormément ! Je me rends compte de cela lorsque j’écoute les titres de l’album avec un peu de recul, il y a beaucoup de couleurs dues à ce métissage. Là où j’ai grandi c’était vraiment un carrefour. En Afrique Noire, on écoute vraiment de tout, on ne se ferme à rien !

Que ressentiriez-vous à l’idée de chanter dans votre pays ?

J’adorerais ! Nous en parlons avec My Major Company. J’ai vraiment envie d’aller faire un concert là-bas parce que c’est là-bas que tout a commencé.

Merci à Irma…

Interview de Anthony Klein

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