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Mercredi, 02 Février 2011 00:00

Interview Grégoire

Écrit par  Anthony Klein
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Grégoire Grégoire Florent Drillon / Romain Decosne

Cet artiste des temps modernes sort son deuxième opus "le même soleil". Il marche dans les pas des grands noms de la chanson française et rayonne d'un séduisant et chaleureux succès. Ses textes tant personnels qu'universels ainsi que sa voix éraillée swinguent sur des accords de guitare ou de piano habillés d'un soupçon pop-acoustique. Grégoire est resté fidèle à lui-même, à ses convictions et à sa passion... Rencontre...

"le même soleil" a été produit en quelques heures à l'ouverture de la jauge. C'est une nouvelle fois, une histoire exceptionnelle pour vous... Est-ce que vous réalisez tout ce qui se passe autour de votre nom ?

Grégoire : Non ! (sourire), je ne sais pas vraiment. Après les gens ont gagné dix-sept fois leur mise sur le premier album, est-ce que ce n'est pas un emballement ? (il réfléchit). En même temps, j'ai toujours l'impression d'être inconnu tout en étant très connu... C'est très bizarre comme sensation, j'ai du mal à expliquer tout ceci.

Il y a des chansons du premier album qui avaient été écartées et de nouvelles compositions. Comment sélectionnez-vous les titres plus anciens qui vont intégrer l'album ?

Grégoire : Par l'affection que je leur porte. Quand je réalise un album, je présente à Franck Authié (ndlr :ami et arrangeur de Grégoire) mes compositions et il y a 4 ou 5 chansons qui nous paraissent évidentes à tous les deux et qui définissent la base imposée par l'évidence. A partir de là, les autres chansons se greffent autour afin d'essayer de faire quelque chose d'homogène.

Votre album "le même soleil" porté par le single "Danse" qui rappelle la ritournelle de "Toi+Moi" évoque l'idée de positiver, de provoquer sa chance, son destin... Vous nous parlez un peu de votre histoire, pensez-vous que cela puisse arriver à n'importe qui ?

Grégoire : Oui ! Je pense que "quand on veut, on peut". Il faut avoir la passion, l'envie et croire en son travail, ça c'est l'essentiel ! Après il y a forcément des choses indépendantes de notre volonté. Quand on réalise un album et jusqu'au jour de sa sortie, c'est un peu comme quelqu'un qui déciderait de créer une entreprise. Il faut savoir être raisonnable dans tous les moments même ceux où on n'a pas besoin d'être passionné. Je pense qu'on ne peut pas être qu'artiste et il faut savoir à quel moment on est artiste et à quel autre moment on devient une entreprise car au final on devient une entreprise malgré nous. Il faut donc avoir les deux casquettes. Il faut savoir s'entourer aussi et j'ai eu la chance d'avoir des gens autour de moi comme l'équipe de My Major Company, mes producteurs par extension, Franck Authié.

Vous présentez, aujourd'hui, "soleil" en second extrait qui parle de solidarité, de tolérance. Quel est le point de départ de cette chanson ? Un regard sur le monde actuel ?

Grégoire : Un regard sur le monde actuel ou plus ancien. "Soleil" exprime un peu mes valeurs et "La promesse", elle exprime un peu le fait de ne pas oublier ses valeurs. C'est une chanson qui est née d'un mélange entre un reportage sur l'émergence de la musique noire américaine et de cette histoire autour de Rosa Park et de cette rébellion du peuple afro-américain pour être reconnu comme égal aux blancs. Et je me disais, quand même il y a 60 ans et on a l'impression d'être dans une société où l'on a évolué par rapport au siècle dernier mais au final dans la forme peut-être mais sur le fond est-ce que tout le monde a évolué ? Alors je suis parti d'un constat assez basique qui est qu'on avait tous le même soleil et cela qui qu'on soit, quel que soit notre religion, notre revenu, notre origine sociale, notre couleur de peau. Je trouve cela bien d'apprendre à se connaître, on a chacun des richesses.

Vous déclarez regarder le monde avec des yeux d'enfants. Pensez vous que pour exercer ce métier il faut garder une certaine insouciance ou innocence ?

Grégoire : Oui, je pense quoi qu'il arrive qu'il faut être un peu insouciant, être utopiste. Surtout aujourd'hui quand on regarde comment se porte l'art en général, il faut être un peu insouciant. Et il y a de plus en plus de monde donc il faut avoir de la confiance et de l'insouciance mais effectivement je pense qu'un enfant a cette innocence.

On y retrouve "Mon repère" que vous avez présenté sur scène, pourquoi est-ce la seule des trois inédites à avoir été conservée ?

Grégoire : Parce que les deux autres chansons ne correspondaient pas à la couleur de l'album. "Si j'étais" et "Si tu m'entends", bien que cette dernière a été un long débat, auront leurs places quelquepart, peut-être sur un troisième album. "Mon repère" collait à cet album qui a quelque chose de positif et de solidaire. "Si tu m'entends" a quant à elle quelque chose de plus déchiré, une fin plus définitive, l'idée que l'autre convoite une autre personne.

Vous avez également enregistré un duo, avec Jean-Jacques Goldman. N'aviez-vous pas trop peur que l'on parle plus de ce duo que de l'album lui-même ?

Grégoire : Sur mon premier album, on m'a plus parlé de mon système de production, c'était le jeu. Quoi qu'il arrive si on me parle de musique même que d'une seule chanson cela ne me dérange pas. Il y a toujours une peur, mais cette peur là non puisque ça reste une chanson. Je savais qu'on allait en parler mais j'ai fait un duo avec Jean-Jacques Goldman et si on m'avait dit cela il y a trois ans, qu'est-ce que j'aurai fait ? (il réfléchit). Le seul truc qui peut me déranger c'est que je ne sais pas comment en parler, c'est ça qui est plutôt curieux.

Jean-Jacques Goldman vous offre ici un des plus beaux cadeaux, comment avez-vous réagi lorsqu'il vous a accordé ce duo ?

Grégoire : J'ai crié ! (sourire) Je dois avoir une vidéo de cela, j'ai un de mes amis qui m'a filmé sur le vif. Je me suis éclipsé pour appeler, je ne me souviens plus de l'ordre, Sévan, Franck et ma mère. C'est incroyable ! Qu'il accepte le principe et qu'il se dise qu'artistiquement quelle que soit l'idée de la chanson ça ira et plein d'autres choses comme celle là. C'est très étrange car d'une certaine manière je n'ai pas envie de l'analyser. La seule question que je me pose c'est pourquoi ? et je n'ai pas envie d'avoir de réponse et je ne lui demanderai jamais parce que ce ne sont que des paroles alors qu'il l'a fait et c'est le plus important !

On retrouve l'univers du premier album avec un peu plus de maturité, d'assurance en vous... Mais n'aviez-vous pas l'envie de dérouter un peu votre public par une orientation musicale différente ?

Grégoire : Non, parce que je garde l'idée qu'au final je pourrai jouer toutes mes chansons en guitare-voix ou piano-voix. Après tous les arrangements qui habillent les chansons garde un esprit de cette idée-là, on ne peut pas non plus s'en éloigner. J'essaie de mettre sur "J'avance" 2/3 guitare électriques, sur "Timide" il y a des couleurs un peu année 30, un peu jazzy, "J'adore" a un côté un peu soul. C'est différent quand même, mais fondamentalement cela reste ce que je fais. Quelle différence fondamentale entre deux albums des Beatles (?) ça reste les Beattes quelle que soit la chanson.

Dans l'émission "Chabada", vous aviez mis à l'honneur "Léo Ferré", n'aviez-vous pas envie justement de composer dans ce registre-là (chanson parlée) ?

Grégoire : Si ! J'y ai pensé mais il y a Marc Lavoine qui l'a fait (sourire). J'ai fait une chanson qui s'appelle "Embrasse-moi" je crois, enfin je ne mets jamais vraiment de titre, je les mets à la fin. J'ai écrit cette chanson il y a dix ans qui est parlée et chantée mais elle ne colle pas à l'album. Mais cela fait partie des idées qui viendront un peu plus tard, qui se construisent. "J'adore" est un début de l'évolution au niveau de l'arrangement, du texte, du fait qu'il n'y ait pas de refrain, l'esthétique des mots.

Vous avez travaillé avec la même équipe, c'était quelque chose d'important pour vous ... ou tout simplement plus facile ?

Grégoire : C'était important ! Franck Authié, je ne me suis même pas posé la question comme pour les gens de My Major Company. Le fait de bien se connaître permet aussi de bien se dire les choses. Matthieu Rabaté qui est un très bon ami de Franck apporte quelque chose, travaille chaque projet. Cyril Taieb aussi au niveau du piano apporte quelque chose d'indéniable, des guimiks, des petites séries de notes. Karen Brunon a renvoyé ses parties de cordes sans qu'on est à en changer. Ils sont tous très professionnels ce qui fait que techniquement ce n'est pas long. Entre nous, il y a l'idée de se mettre au service des uns et des autres alors qu'ils font plein de projets tous différents et de vouloir donner le meilleur d'eux-mêmes. Et pour moi c'est important d'être entouré de personnes comme ça car j'ai soif d'apprendre et cela me rassure aussi de les avoir à mes côtés.

Pouvez-vous nous parler du single "Lâche", titre qui ne figure pas dans l'album mais qui a fait une apparition éphémère sur I-tunes...

Grégoire : C'est une chanson qui devait être sur l'album et à un moment elle ne collait plus. On l'a enlevée et I-tunes, pour un côté marketing, souhaitait un titre inédit. Je me suis dit que c'était dommage car je la mettrai bien dans un album à part entière. Je pense qu'elle sera sur une réédition.

Avec "Timide", il y a un "clin d'œil-hommage" à votre frère aîné, c'est une façon personnelle de garder sa présence auprès de vous ?

Grégoire : Il y a effectivement un clin-d'oeil plus à ce que mes frères m'ont apporté mais je n'ai besoin de rien pour avoir sa présence auprès de moi mais c'est vrai que quand j'ai écrit cette chanson, je me suis dit qu'ils auraient été surpris de la suite d'accord que j'ai utilisé. Si je leurs avais montré une chanson comme celle-là ils auraient été agréablement émerveillé. Ils seraient fiers d'entendre une chanson comme ça !

Aujourd'hui vous semblez beaucoup plus serein, ce métier a-t-il apaisé vos "maux" ?

Grégoire : D'une certaine manière, oui ! Ce n'est pas le métier, c'est plus le fait pas d'être connu mais reconnu, que mes chansons parlent aux autres. D'avoir apaisé la peur des autres et de me dire que je n'avais peut-être pas tort de faire ce que je fais même si pour l'instant tout n'est pas gagné, je suis mieux maintenant qu'il y a cinq ans. Cela n'apaise pas mes maux fondamentaux, mes angoisses, mais cela détend et permet de réfléchir de manière sereine.

Dans le livret, vous réitèrez l'idée d'une lettre entre les paroles des chansons. Seriez-vous tenté par l'expérience de l'écriture d'un livre (ou recueil) à l'avenir ?

Grégoire : Oui ! Peut-être même une pièce de théâtre. Mais ce sont des choses qui viendront bien plus tard. Il y aura un troisième album avant tout ça. Je veux être auteur-compositeur-interprète avant d'être quoi que ce soit d'autre sauf cas exceptionnel ! Après il y a plein de choses qui m'intéresse comme la musique de film, le cinéma ou jouer au théâtre tout cela me passionne mais je reste concentré sur mon projet.

Vous avez une société  "Luniprod". Envisagez-vous par la suite une auto-production ou de produire vous-même d'autres artistes ?

Grégoire : J'envisage plein de choses mais pour l'instant je n'ai pas le temps et je n'ai pas envie de me lancer dans un autre projet à la va-vite.

Il y a des fans qui vous suivent vraiment partout où vous passez... comment vivez-vous ce phénomène ? Et est-ce quelque chose que vous appréciez ou qui vous gêne ?...

Grégoire : J'arrive à gérer et il n'y a pas de réactions qui ne soient pas saines. Je trouve cela plutôt sympa. Je m'inquiète un peu pour eux parce que financièrement cela représente un budget.

Cette année, vous avez achevé une tournée, réalisé un album, fait de la promo pour votre nouvel album et vous préparez  votre nouveau spectacle... n'avez vous pas envie de poser un peu vos valises ou vous préfèrez rester dans le tourbillon du succès ?

Grégoire : On verra si mon corps me lâche ! J'ai un problème dans l'inactivité et quand je prends des vacances, j'écris des chansons ! Pour l'instant, je n'ai pas l'impression d'en faire trop, j'ai besoin et l'envie aussi de faire tout ça ! De m'exprimer, de chanter mes chansons...

Que retenez-vous de votre première tournée ?  

Grégoire : C'était le début de quelque chose. Je suis entrain de réflechir à quelque chose d'important et j'espère que cela marquera un tournant.

Vous préparez justement une nouvelle tournée marathon. Vous dîtes envisager un spectacle plus peaufiné moins instinctif que le précèdent... Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la configuration de ce nouveau spectacle ?

Grégoire : Ce sera une découverte ! Il y aura un mélange, des phrases inscrites derrière moi, je vais faire intervenir, de manière abstraite, des gens importants, des choses comme celles-là. Cela va être plus structuré, plus posé. Je suis entrain de finaliser et je ne préfère pas trop m'avancer la-dessus. L'Alhambra, c'est le 17 janvier, dans un mois et ce sera une présentation du spectacle.

Vous donnez aussi beaucoup de votre temps pour les associations caritatives. "Vous endossez les galons d'ange gardien" pour apporter votre soutien, est-ce important pour vous de vous impliquer dans ces actions ?

Grégoire : Ce n'est même pas important, cela me paraît normal ! Vu le trajet de "Toi+Moi", vu ce que je pense, vu le temps que les gens donnent pour les autres, cela me paraît évident de participer à ces actions dès que je le peux. Il y a aussi des gens dans le besoin et autant participer à ces actions qui oeuvrent et combattent contre la maladie, la faim et font avancer les choses.

Un message pour les lecteurs de Nos tendres annees ?

Grégoire : Merci pour tout en espérant que les prochaines années soient aussi tendres que les précédentes et bonne continuation à vous tous. Bonnes fêtes de fin d'année à vous .... et rendez-vous à l'Alhambra le 17 janvier 2011.

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Entretien réalisé par Anthony Klein
Photos : Florent Drillon / Romain Decosne

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