A Sarajevo, Luna et Amar vivent comme tous les couples modernes. Elle est hôtesse de l’air, il est aiguilleur du ciel. Ils veulent avoir un enfant et semblent tout avoir pour être heureux. Bien que tous deux marqués par la guerre, ils sont à la recherche de l’équilibre et du bonheur. Mais Amar est un ancien soldat, physiquement et moralement marqué par les conséquences de la guerre. Surpris en état d’ébriété sur son lieu de travail, il est renvoyé. Quelques temps plus tard, on lui offre un nouveau travail, loin de chez lui. Luna le laisse partir avec appréhension. Puis elle découvre qu’il a été engagé par une communauté wahabiste, secte fondamentaliste islamique qui vit comme au siècle dernier, sous surveillance. Luna souhaite qu’Amar reprenne une vie normale avec elle mais il réussit à la persuader que cet isolement est nécessaire à sa lutte contre l’alcoolisme. Il finit par rentrer chez lui, complètement transformé. Il estime être devenu meilleur mais Luna ne le reconnaît pas et s’interroge. Les blessures encore ouvertes de la guerre continuent de la hanter, son amour pour son mari est-il assez fort pour accepter ses changements ?
La première qualité de ce film est de nous présenter une vision de la Sarajevo d’aujourd’hui toute en contradiction : d’une part, moderne et vivante, à la population multiculturelle, d’autre part encore meurtrie par les récents conflits ethniques. Ses collines sont recouvertes de cimetières où reposent essentiellement des jeunes gens. Ensuite, Jasmila Zbanic choisit de nous offrir un magnifique portrait de femme, sublimement interprété par une comédienne qui sait à merveille rendre toutes les nuances du déchirement de Luna. La mise en scène peut paraître un peu lente, parfois même à la limite paresseuse mais elle ne sert qu’à souligner, avec beaucoup de grâce, la difficulté du choix qui est imposé à Luna. Tous les personnages, même les plus anodins, apportent une touche d’humanité supplémentaire. Enfin, il est à noter que la réalisatrice, face à l’intégrisme, a la sagesse de ne pratiquer ni manichéisme, ni angélisme. Elle est d’une totale tolérance et laisse à chacun le soin de juger en son âme et conscience. Une histoire d’amour sobrement racontée et qui mérite que l’on s’y attarde quelques instants

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