Le Ministre des Transports, Bertrand Saint Jean, est réveillé en pleine nuit par son Directeur de Cabinet. Un car est tombé dans un ravin. Il doit y aller. Il aura du mal à supporter les corps brisés au milieu des tôles tordues. Ainsi commence l'odyssée d'un homme d'Etat dans un monde toujours plus complexe et hostile. Vitesse, lutte des pouvoirs, chaos, crise économique....tout s'enchaîne et se percute. Une urgence chasse l'autre. A quels sacrifices les hommes sont-ils prêts ? Jusqu'où tiendront-ils, dans un Etat qui dèvorent ceux qui le servent ?
A quelques mois de la prochaine élection présidentielle et en plein cœur des primaires PS, Pierre Schoeller ne semble pas craindre que son film soit victime de l'indifférence générale pour tout ce qui a trait aux affaires politiques. Et il a bien raison. En effet, si le réalisateur s'attache à mettre en scène (brillamment) toutes les intrigues et tous rouages de l'Etat, il tient surtout à nous parler des rapports humains, des coups bas, des trahisons et des compromis auxquels tous les hommes politiques, même les plus intègres sont soumis inexorablement. Dans ce film, aucun homme politique précis n'est représenté. A lui seul Bertrand Saint Jean rassemble un échantillon ce que nous connaissons au quotidien. Aucun parti n'est défini, ni à gauche, ni à droite, ce n'est nullement le propos du réalisateur. Tout est fictif et pourtant tout paraît tellement vrai. Olivier Gourment habite littéralement son personnage et l'habille de toutes les nuances de l'âme humaine, le rendant terriblement attachant, tentant à prouver que même les hommes politiques sont des êtres humains. Face à lui, Michel Blanc, imperturbable et de droiture et d'une intransigeance d'un autre âge, force le respect et l'admiration. A ses côtés, Zabou Breitman impeccable en directrice de la communication, elle aussi souvent malmenée. Et puis, il convient de ne pas oublier un rôle dit secondaire, pas si secondaire que ça : Martin Kuypers, interprété par Sylvain Deblé, recruté lors d'une manif et dont c'est le premier rôle au cinéma. Il incarne à lui seul le peuple réduit au silence et qui, ballotté au rythme des soubresauts de la politique, n'est plus grand-chose au regard de l'Etat. A noter enfin que la musique, parfois brutale s'accorde parfaitement « au flux qui ne s'arrête jamais » de ce film. Pierre Schoeller réussit un vrai film politique et humain, deux adjectifs qui, depuis plusieurs années, semblent parfaitement antinomiques. Il y parvient. Quel talent !

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